FABIO VISCOGLIOSI
Camera

16 décembre 2020 - Mots-clés , ,

Nouvel album le 26 février 2021 !
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La chambre

« Camera », la chambre en italien, est un titre qui sied à merveille à ce 4ème album de Fabio Viscogliosi. Un an et demi seulement après le superbe « Rococo », les trois syllabes en rebonds de ce mot sont lumineusement apparues ces derniers mois alors que les chansons avaient été enregistrées en solitaire comme on tient son journal.

Écrivain, dessinateur et musicien français d’origine italienne, ses deux premiers albums devenus cultes, « Spazio » (2002) et « Fenomeno » (2007), ont marqué plus d’un esprit chez les amoureux des formes pop marginales. Sa méthode est aujourd’hui sensiblement la même, l’écriture d’une chanson et son enregistrement ne forment qu’un dans son atelier-chambre-studio-espace de projection. On retrouve au cœur de l’œuvre de Fabio Viscogliosi un sens aigu du travelling mental. Cette idée prend d’ailleurs superbement corps dans la video de « Odyssée », réalisée avec Rémy Poncet. Une animation brute, minimale et ludique, échappée visuelle d’un nuage dans le paysage par la fenêtre d’une chambre. Images et métonymie parfaites pour accompagner cette chanson à la simplicité désarmante.

Ce nouvel ensemble de 10 morceaux nous fait basculer du cadre intimiste et miniature d’une chambre aux horizons les plus larges, aux paysages les plus variés. « Camera » a la forme exacte des rêveries d’un artisan qui remet chaque matin sur le métier son ouvrage. Les intentions se laissent volontiers déborder par l’imaginaire, par la répétition des gestes, avec un naturel et une grâce complètement singulière. Fabio Viscogliosi prend systématiquement le temps d’installer un à un les éléments indispensables à l’équilibre de ses chansons, à placer juste ce qu’il lui faut dans le cadre, mettant en scène les sons, enregistrant et jouant lui-même la plupart des instruments (guitares, batteries, claviers, chant), jouant aussi avec les pleins et les creux, pour, au final, mieux nous embarquer en suspens entre formes familières et abstractions, légèreté et gravité. Tout est histoire de subtiles variations dans sa musique, de science du dosage. Seuls deux titres de ce nouvel album, « Odyssée » et « Giorni dolci », ont été augmentés par un quatuor à cordes, orchestré avec Fred Pallem, donnant ainsi un relief et une saveur incomparable à ces nouvelles chansons.

Comme Fabio le précise parfois au sujet du choix de la langue – italien, français ou anglais –, « ce sont les chansons qui décident, je les écoute. » Souvent, les paroles ont valeur de mantra, elles naissent à l’intérieur de la musique et remontent à la surface. Cela en dit long sur l’inconscient à l’œuvre. « Dolce Song », « Je dors dans tes bras », « Nebbia », ou encore « Monk », avec ses échos des Fioretti de François d’Assise, le film de Roberto Rossellini, nous en donnent des exemples frappants. La prédilection de Fabio depuis toujours pour la musique de chambre, l’économie de moyens, la quête de la résonance idéale entre 2 éléments, nous renvoie également à son œuvre picturale et littéraire où tout est d’une grande économie et intelligence. Depuis le début des années 2000, au delà des disques, son œuvre se déploie au travers de livres (romans, bandes dessinés) ou expositions. D’ailleurs, depuis la parution de « Rococo » (Objet Disque – oct. 2019), une bande dessinée, « Cascades », où se percutent souvenirs, réflexions, références, est parue chez L’association, ainsi qu’un roman, « Harpo », fable irréelle sur les traces de Harpo Marx, aux éditions Actes Sud.

Avec ce 4ème album, « Camera », Fabio Viscogliosi pose une pierre de plus à son édifice et nous met face à l’évidence d’une œuvre majeure en construction, dont l’influence ne cesse de se déployer avec le temps.