FABIO VISCOGLIOSI
Rococo

18 juin 2019 - Mots-clés ,

Nouvel album « Rococo »
disponible le 25 oct. 2019

Fabio Viscogliosi par Philippe Lebruman

Rococo notes

Les années passent et la magie des deux premiers albums de Fabio Viscogliosi, « Spazio » (2002) et « Fenomeno » (2007), opère toujours complètement, le trouble s’intensifie même encore à chaque écoute. Longtemps, nous avions rêvé de cette suite, de ce troisième album, mais nous savions Fabio partagé entre le dessin, la peinture, la littérature et la musique depuis toujours. Son travail pictural et littéraire ayant progressivement été happés par la lumière, toute sa production musicale s’est poursuivie dans un espace plus secret, à l’ombre de son atelier, probablement dans un souci d’équilibre. Ce sont donc de multiples chansons et musiques qui se sont empilées dans des cartons pendant des années, en parallèle de ses 3 romans parus chez Stock, des dizaines de bandes dessinées éditées sous son nom depuis les années 90 et autant d’expositions de ses tableaux ou dessins. Peu d’artistes peuvent se permettre de circuler d’un médium à un autre avec autant d’aisance et de légèreté. Passer de ses livres à ses dessins, de ses peintures à ses chansons, semble le plus naturel au monde tant le souffle et la poésie y sont uniques. Le travail de Fabio Viscogliosi demeure complètement à part et d’une simplicité désarmante quel qu’en soit le mode d’expression. Légères et graves à la fois, ses formes répondent à leurs propres logiques et créent un territoire entre figuration et abstraction tout à fait passionnant. Sa musique se situe probablement dans cet intervalle, à la rencontre de tout un panthéon pop et d’un territoire intime.

D’origine italienne, ayant grandit en France en écoutant Jonathan Richman, le Velvet Underground, Robert Wyatt ou encore Lucio Battisti (qu’il avait d’ailleurs superbement repris en duo avec Amedeo Pace de Blonde Redhead sur « Fenomeno »), Fabio s’est assez tôt trouvé un endroit qui n’appartient qu’à lui. Après la disparition de ses parents dans le drame du tunnel du Mont Blanc à la fin des années 1990, la musique et le chant dans sa langue d’origine s’étaient alors imposés comme des évidences. « Rococo » est aujourd’hui son premier album en majeure partie écrit en français et ce n’est probablement pas anodin. Lorsqu’on est à la croisée des cultures méditerranéennes, françaises et anglo-saxonnes, l’espace, le mouvement et la langue ne peuvent que devenir des sujets centraux. Fabio Viscogliosi poursuit donc son travail autour des motifs qui l’animent depuis toujours – comment ne pas chérir notamment cette figure d’âne qui traverse tout son travail pictural et revient également sur les pochettes de ses 3 albums ? Ces motifs sont à l’image de sa musique obsédante et minimaliste, ils sont la matière première de ses créations et font émerger des nuances infinies. Avec ce passage au français, on prend désormais la mesure de l’évidente beauté et de la profondeur de ses textes, de la force des images qu’ils convoquent, des récits à trous qu’ils installent. Ce qui nous semblait une délicieuse étrangeté à l’écoute de ses deux premiers albums (entre chansons en italien et pièces instrumentales) se révèle ici comme un véritable crève-cœur. La force du travail de Fabio Viscogliosi est dans son pouvoir d’évocation, l’apparente économie de moyens pour raconter tout un monde.

Pour ce troisième album « Rococo » (mais également son quatrième, « Notte », qui sortira en 2020), nous avons puisé avec Fabio dans ses cartons. S’est alors révélé à nos oreilles un journal intime pop saisissant, mettant en lumière des années de travail et de variations. En se remettant quotidiennement à l’ouvrage pour ses textes, ses dessins, ses musiques, Fabio a réussi la prouesse de donner à de simples esquisses la valeur de véritables fresques. C’est sa quête de simplicité, d’équilibre et du geste juste qui se retrouve résumée dans ces deux disques. C’est probablement aussi une très bonne définition de ce qu’on appelle le style, la grâce.

« Rococo » et « Notte » sont 2 albums/miroirs. Pour une moitié des chansons, des orchestrations de cordes conduites par Fred Pallem sont venues en révéler certains reliefs. L’histoire raconte que deux des 20 titres qui composent ces deux futurs albums ont été chantés par Vanessa Paradis sur son dernier album en date. Nous vous laisserons le soin d’aller les reconnaître mais pour revenir à « Rococo », ce disque laisse une trace durable comme une déambulation le long de la Riviera Italienne. Après avoir longtemps attendu cet album, Fabio Viscogliosi réussit à nous faire oublier l’attente dès les premières notes de « Peplum » (premier titre de « Rococo ») et probablement à nous laisser entendre son disque le plus cohérent et abouti à ce jour, jusqu’à « Notte ».


Discographie

2002 Spazio (Microbes Records)
2007
Fenomeno (Microbes Records)
2019
Rococo (Objet Disque)
2020 Notte (Objet Disque)