GRAND VEYMONT
Persistance & changement

22 avril 2020 - Mots-clés ,

Persistance & changement

Véritable odyssée sonore, le bien nommé « Persistance & changement », nouvel album de Grand Veymont, reprend la trace là où le passionnant « Route du vertige » (Objet Disque) nous avait laissé en 2018. Abandonnant très vite balises et repères, Grand Veymont décide de ne suivre que son instinct et nous entraîne dans un morceau haletant de 40 minutes.

Rarement nous aurons entendu musiques réussir à s’approcher autant de ce qui pourrait être la matière même des rêves. Dans ce disque qui opère du début à la fin une ascension lente et inéluctable vers son propre épuisement, le duo – formé par Béatrice Morel journel (orgue, flûte, chant) et Josselin Varengo (orgue, synthés, percussions, voix) – semble vouloir se délester de sa propre gravité. Plus encore que sur ses précédents enregistrements, ce disque offre une plongée totale dans l’inconscient du groupe. Un paysage où se croisent des siècles de musique folklorique, les expérimentations électroniques les plus folles, la chanson brésilienne et française des années 70, la pop oblique de Stereolab, les architectures hypnotiques de Can, les chants pygmées, les vents parcourant les monts du Vercors dont le plus haut sommet (le Grand Veymont) donne son nom au duo…

Face à la multitude d’images convoquées, face à ces paysages inédits, il devient impossible de ne pas se rendre à l’évidence que la langue de Grand Veymont est unique et ne cesse de se déplier. Découvrant probablement l’étendue, la profondeur et la richesse de sa grammaire en même temps que nous, cet album – dont l’unique chanson est découpée en 2 parties pour le pressage vinyl – voit chacune de ses écoutes être plus exaltante que la précédente. Chaque mélodie, chaque écho de mélodie, chaque rythme, chaque fragment de rythme, s’agrègent, s’amalgament, tournent ensemble comme des toupies et transforment la musique du duo, auto qualifiée krautrock de salon, en une véritable fresque psychédélique.

Si l’édifice peut paraître abrupt, ou la pente un peu raide, par son format, ses brumes, ses demi-teintes, ces 40 minutes se voient traversées d’une lumière irradiante d’un bout à l’autre et ne cessent de surprendre, de créer des contrepoints, d’ouvrir de nouvelles voies. Ces glissements perpétuels, ces balancements d’un point à l’autre, dessinent une trajectoire résolument pop. C’est d’ailleurs bien souvent ce qui rend si attachantes les constructions les plus singulières, lorsque celles-ci, aussi abstraites soient-elles, nous parlent une langue familière.